PARS MAIS PREND BIEN SOIN DE REVENIR, (2012)

 

“Wisdom of Shadow: Art in the Era of Corrupted Information”, Sinopale 4, Sinop, Turquie.

Galerie Verticale, Laval, Canada.

Forest City Gallery, London, Ontario, Canada.

 

 

 

 

 

 

 

Clothes, tripods, light projectors, loudspeakers. 2012.

Voices : Pavitra Wickramasinghe (english) and Caroline Boileau (french).

Video: Pars mais prends bien soin de revenir

Publication: Kim Neudorf, On Amelie Brisson Darveau’s Pars mais prend bien soin de revenir (Leave But Make Sure To Return) at Forest City Gallery.

Amélie Brisson-Darveau’s work Leave but make sure to return consists of two installations in which her underlying concerns are the body and the cartographic configuration of movement. She explores the interrelation between the body and its movement and the nature of the image produced (that small shadow that follows it) – an animation in situ (with a potential for immediate narrative) showing the relation between the choreography of these movements and their relation to fictional structures, like fabric, architecture or narrative.

The artist traces her friends’ shadows to collect the patterns for clothing that she then tailors. The shadows we create are moving images. From these fluid, abstract shapes the artist creates phantasmagoric, improbable, unusable clothes. Their rich materiality merges into the real while their usabilityhas to remain on an imaginary scheme. By installing them directly on the floor, aligned as if on a carousel, the artist creates a playful ground on which the spectators are invited not only to observe from a distance the objects of the installation, but to try out the size of the clothes installed on the floor as shadows in a recurrent fashion. To wear one’s own shadow is the metaphorical proposal realized by the artist by pointing and manipulating the light of projectors mounted on tripods, in the ephemeral overlapping of the projected shadow of the spectator with the clothes installed on the floor. The overlapping of the fleeting shadow with the clothes is a procedural operation extending not only metaphorically, but giving material strength to the movement itself. Through the play of the spectators the surface of the textile is activated, materializing the immateriality of the shadows as the clothes-shadows become “alive” and transform into living pictures. The poses and design of the clothes-shadows refer to and are inspired by four different stories in which the main protagonist has lost their shadow, due to a contract, rejection, love, travel and such. These are Peter Schlemihl by Adalbert von Chamisso, The Shadow by Hans Christian Andersen, The Story of the Lost Reflection by Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, and The Woman without a Shadow by Hugo von Hofmannsthal.

A sound installation complements that of the shadow clothing, covering the space acoustically and merging with the clothes-shadows installed on the floor, absorbing from their textile surface. The artist is here inspired by the ways in which the narratives of the four stories overlap, cross, and mirror each other, scan each other in order to reflect on folklore and old legends bundling our fears and exploring how a mental space is constructed in their projections.

text by : Dimitrina Sevova

Vêtements, système d’éclairage et haut-parleurs.

Voix: Caroline Boileau (français) et Pavitra Wickramasinghe (anglais)

Peter Schlemihl, le personnage éponyme du conte d’Adelbert von Chamisso (conte paru en 1814), a troqué son ombre contre une bourse d’or inépuisable. En cédant à l’attrait de cette fortune inespérée, il se condamne à errer sans but, privé d’une part de lui-même dont il croyait pouvoir se défaire aisément. Or, sans ombre, il se retrouve en proie à un déséquilibre, s’expose à tous les dangers, est chargé de honte et réduit à une vie de paria.

Une ombre n’est-elle qu’une ombre? Peut-on s’en passer? Ce questionnement, qui habite Schlemihl comme une hantise, est repris par Amélie Brisson-Darveau dans Pars mais prends bien soin de revenir, une installation qui invite le spectateur autant à l’immobilité qu’au mouvement. 

Dans Peter Schlemihl, explique l’artiste, de même que dans trois autres contes auxquels elle s’est intéressée, soit L’Ombre d’Hans Christian Andersen, L’Histoire du reflet perdu d’E.T.A. Hoffmann et La femme sans ombre d’Hugo von Hofmannsthal, le caractère immatériel et complémentaire de l’ombre se voit altéré, alors que celle-ci devient une entité propre. Cet événement s’avère à la fois absurde et dramatique : l’ombre semble dérober une fraction de l’être à qui elle appartenait jusqu’alors, diluant la singularité même de ce dernier.

« [L]’étude des ombres paraît avoir été l’une des bases de la géomancie antique, donc de l’orientation[1] »; corollairement, la perte des repères constitue, dans ces contes, l’une des conséquences les plus évidentes de l’absence d’ombre. Aussi apparaît-il impératif de la traquer afin de retrouver unité et quiétude.

Dans Pars mais prends bien soin de revenir, des vêtements de curieuse allure posés au sol par l’artiste iraient-ils jusqu’à écraser chaque poussée, chaque envie de l’ombre de se délier de ses contours d’origine? Suggérant la dysfonction, ils n’ont visiblement pas été conçus pour des hommes de droite stature : manches et boutonnières, collets et épaulettes ont été reprisés afin de mieux seoir aux extrémités biscornues de ces ombres cavalières, en quête de liberté. Des vêtements comme des filets, comme des trappes, évoquent par contrastes la présence et l’absence, la solidité et la mollesse, et donnent corps, bien que tordu, à ce que les Peter Schlemihl de ces contes ont voulu ignorer. Par curiosité envers Schlemihl, Érasme Spikher, le savant et de l’impératrice, soit chacun des personnages dépossédés, l’artiste a fait un vêtement. Les coupes inédites renvoient aussi aux postures respectives qu’engagent la quête et la perte, l’engagement amoureux et le contrat diabolique, le voyage et les destinations méconnues, positions que l’on retrouve partagées au cœur des histoires.

Par ces défroques faites d’étoffes foncées et lourdes, l’artiste connote aussi l’analyse jungienne, « qui qualifie d’ombre tout ce que le sujet refuse de reconnaître ou d’admettre etqui pourtant s’impose toujours à lui[2] ». Cette dualité est encore plus apparente alors que le visiteur frôle les vêtements qui se trouvent à ses pieds et tente d’y emboîter son ombre. En outre, l’éclairage sur trépied souligne la condition absolue de l’ombre –– la lumière ––, de même que le corps par référence à la verticalité.

Texte de Geneviève Loiselle


[1] Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Paris : Robert Laffont/Jupiter, 1995, p. 700.

[2] Ibid.

PARS MAIS PRENDS BIEN SOIN DE REVENIR, 2015 (adaptation of the work for collecting the future)

 

Material: Tape

For “Collecting the Future”, 2015. A Sinopale exhibition at Corner College, I investigate ways to transform and document the project « Pars mais prend bien soin de revenir » that can trace or cartograph at the same time its relation to the space, its tailoring process and a material impression. I am drawing the sewing patterns of the shadow clothes on the floor together with a printed map-sewing pattern and the text of the interlaced tales.