ASCENSION, (2013-2016)

 

Access Gallery, Vancouver, Canada.

Vermont Studio Center residency, Johnson, Vermont, United-States.

Centre Clark residency, Montreal, Canada.

Centre d’exposition Circa, Montreal, Canada.

 

Installation view at Access Gallery. Photo credit : Michael Love

 

Installation view at Access Gallery, 2016. Photo credit : Michael Love

 

Detail from the installation at Access. Photo credit : Micheal Love

 

Detail from the installation at Access. Photo credit : Micheal Love

 

 

Installation (porcelain and paint)

Itinerancy and Material Thought: Amélie Brisson-Darveau’s Ascension

 How is material thought? What does it mean to trust materials, to follow their itinerant ways, to fold them turn over turn into each other? Rather than romanticising these materials or heralding their contingent qualities, they make us think, and by that, let us feel. Amélie Brisson-Darveau’s work exposes a form of material thought through following materials with great persistency. There is nothing obsessive about this practice, however, nor a drive to impose one’s will onto matter. On the contrary, materials become the very zone for a double process of exposure in her practice. On the one hand exposing materials’ specific aesthetic qualities through the medium of installation. On the other hand, exposure is a mindful process for allowing the material to develop its own relations and possible meaning structures. Material thought takes the potential for processes of formation immanent to physical, vital and mental states and exposes their affinities in an itinerant manner.

In Ascension itinerancy becomes a technique for material encounters exposing deep and meaningful expressions. Putting oneself on a par with the material, Brisson-Darveau engages the play of structure and texture as the crucial relay between different geographies, bodily capacities, nature and culture. Textiles and clothes become the dynamic mould for white clay of Swiss origin, imprinting fine, almost subtle textures onto bone-like structures through the manual labour of twisting, pressing, stretching. What appears as anamorphic ceramics, actually relates to the omnipresence of artificial climbing walls in urban Switzerland, from playgrounds to boulders in public parks and giant indoor climbing centres. An artificial environment, often mimicking famous climbing routes in the Alps, brings an immediate relation between body, rock, movement and different geographies together. Through these fake walls we witness how a felt impression of what the human body is capable of undoes the boundary between vital (human) and physical (rock) material through a movement practice.

Tracing movements of the body in relation to its natural and built environment defines Brisson-Darveau’s ongoing interest – the intimacies of bodies and architecture, mediated trough the textural qualities of textiles. In this sense, the artist conceives of the human body and its milieu as mutually co-producing each other. Ascension underlines this circumstance through material relations. The blues on the wall are of the same pigment as Chinese, Dutch, and French porcelain. The geological and geographic become part of a shared cartography. Again, it is texture which allows us to think-feel the installation’s structure exceeding its perceptual appearance. This ecological extension of the work finds another expression through the animated drawings adjacent to the climbing wall. Inspired by the technique of sgrafitto the drawings reveal varying textures depending on the natural light in a space. By giving the work a material volume through light and shadow, and by laying it out in space, the temporal dimensions of the piece hint at its more political aspects. The textiles, once worn and inhabited, leave their lived traces, transforming their agency into a new context, actively shaping the meaning of the artwork in its very own manner. If we see the structure of the material as a cartography of itinerant movements, then “our” share in this activity is no more and no less than an activation of thought – a political act in the event of sensation.

Text: Christoph Brunner

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Itinérance et pensée matérielle: Ascension d’Amélie Brisson-Darveau

Qu’est-ce que la pensée matérielle?  Que signifie faire confiance aux matériaux, de suivre leurs voies itinérantes, de les plier, uns à uns, les uns dans les autres? Plutôt que de se pencher sur leur caractère romantique ou de proclamer leurs qualités contingentes, les matériaux nous font penser, et par le fait même, nous laissent ressentir.  Le travail d’Amélie Brisson-Darveau expose une forme de pensée matérielle en suivant les matériaux avec une grande persévérance.  Par contre, il n’y a rien d’obsessif à cette pratique; et il n’y a pas non plus le désir d’imposer une volonté sur la matière. Au contraire, les matériaux y deviennent la propre zone d’un double processus d’exposition.  D’une part, en montrant leurs qualités esthétiques spécifiques à travers le médium de l’installation. D’autre part, en permettant aux matériaux de développer leurs propres relations et leurs propres structures de signification possibles.  La pensée matérielle évoque ainsi des processus de formation inhérents aux états physiques, vitaux et mentaux et expose leurs affinités de manière itinérante.

Dans Ascension, l’itinérance devient une technique pour activer les rencontres entre les matériaux, exposant des concrétisations profondes et significatives.  En se plaçant à niveau avec les matériaux, Brisson-Darveau s’investi dans un jeu de structures et de textures; le relais crucial entre différentes géographies, capacités physiques, nature et culture.  Les textiles et les vêtements deviennent des moules dynamiques pour la porcelaine blanche d’origine suisse, imprimant de fines, subtiles textures sur des structures ressemblant à des os, et ce, à travers le labeur manuel d’étirements, de pressions, de torsions.  Ce qui apparait d’abord comme des céramiques anamorphiques, concerne plutôt l’omniprésence des murs d’escalade artificiels de la Suisse urbaine, des terrains de jeu au « boulder » dans les parcs publics et géants centres d’escalades.  Ces environnements artificiels, qui imitent souvent des parcours d’escalade célèbres dans les Alpes, témoignent de la relation entre corps, roche, mouvements et différentes géographies.  Par ces faux murs, nous percevons comment la capacité de ressentir du corps humain, peut faire tomber les frontières entre les matériaux vitaux (humain) et physiques (roche), et ce, à travers une pratique de mouvement.

Tracer les mouvements du corps en relation avec l’environnement naturel et construits fait partie intrinsèque de la pratique d’Amélie Brisson Darveau –  le rapport intime entre corps et architecture mis en scène à travers les propriétés matérielles des matières textiles. En ce sens, l’artiste conçoit le corps humain et son environnement comme des entités se produisant mutuellement ; et,  l’installation Ascension en fait état par la relation matérielle. Les différentes teintes de bleus de la murale correspondent aux pigments des porcelaines chinoises, hollandaises et françaises.  Le géologique et le géographique devenant ainsi une cartographie partagée.  Ici encore, c’est la texture qui nous permet de penser/ressentir l’installation au delà de son apparence perceptuelle. Cette extension « écologique » du travail est également visible à travers les dessins animés que l’on retrouve sur le mur adjacent au mur d’escalade. Inspirés des sgrafittos, ces dessins révèlent aussi différentes textures selon l’éclairage de la pièce. En donnant un volume matériel à ces dessins par un jeu d’ombres et lumières, la dimension temporelle du travail témoigne d’un aspect plus politique au travail.  Les textiles, une fois portés et « habités », délaissent leurs traces vivantes, les transformant, leur donnant un nouveau contexte, participant ainsi à la création de la signification de l’œuvre.  En percevant la structure du matériel comme une cartographie de mouvements itinérants, notre part dans cette activité est donc rien d’autre qu’un développement de la pensée – un acte politique découlant de sensations.

Texte : Christoph Brunner

Traduction :  Marie-Michèle Deschamps